Métaphysique de l’amour

 

« L’ensemble de toutes les intrigues amoureuses de la génération présente est d’après cela, pour toute la race humaine, la grave meditatio compositionis generationis futurae, e qua iterum pendent innumerae generationes. Il ne s’agit pas alors, comme en tout autre circonstance, du bonheur et du malheur des individus, mais de l’existence de la constitution particulière de la race humaine pour les temps à venir, de sorte que la volonté de l’individu s’affirme à sa plus haute puissance comme volonté de l’espèce : cela est de la plus extrême importance et fait le pathétique et le sublime de toute affaire d’amour, le caractère transcendant de ses transports et de ses souffrances, que les poètes ne se lassent pas de peindre depuis des millénaires en d’innombrables exemples. Aucun thème ne peut égaler celui-là en intérêt, parce qu’il concerne le bonheur et le malheur de l’espèce, et par suite se rapporte à tous les autres, relatifs au seul bien de l’individu. »

– Schopenhauer, Métaphysique de l’amour, Le Monde comme volonté et comme représentation